Photo: Thu Thuy/songmoi.vn |
«Il m’est arrivé, en recherchant de documents pour mon travail, de trouver des lettres très précieuses. J’ai aussi rencontré des intellectuels qui m’ont dit que dans leurs familles, on s’écrivait manuellement depuis au moins trois générations. Après plusieurs années, j’ai pu collecter un certain nombre de lettres manuscrites d’une beauté inouïe que j’ai décidé de partager avec les autres à Hanoï. C’est ainsi qu’est née l’exposition «Retour à l’âge naïf».
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L’exposition présentait cent lettres, la plus ancienne remontant à 1905 et la plus récente, à 2015. Certaines ont appartenu à de grands intellectuels, comme cette lettre envoyée par l’écrivain Tran Dan au poète Duong Tuong, cette autre envoyée par la poétesse Mong Tuyet à un ami, ou encore cette missive signée Vuong Hong Sen, chercheur en culture… Mais il y en avait aussi qui appartenaient à des gens ordinaires. Les visiteurs étaient invités à s’imprégner de cette atmosphère particulière constituée de papiers de toutes sortes, dont la plupart avaient été endommagés par le temps et les termites et dont l’odeur rappelle le passé lointain, quand on devait patienter des semaines et des mois avant de recevoir des nouvelles d’un être cher.
«J’ai l’impression de revenir au passé, nous confie Thuy Nguyen, une lectrice hanoienne. Chaque lettre est comme un film, une histoire racontée par un personnage inconnu. Quelques auteurs ont trouvé une façon très intéressante de faire passer leurs messages».
A l’ère du numérique, les lettres manuscrites sont reléguées au rang des souvenirs, des souvenirs qui, une fois mis en avant, fascinent les jeunes qui ont été nombreux à venir voir « Retour à l’âge naïf ». C’est le cas de Phuong Trinh, qui a étudié et vécu plusieurs années en France.
«Ce sont les lettres d’amour qui m’ont le plus impressionnée, nous dit-elle. Ces histoires d’amour entre des gens vivant loin l’un de l’autre me touchent énormément. Aujourd’hui, les courriels et les conversations en ligne facilitent beaucoup les choses, mais je trouve qu’avec les lettres manuscrites, on se sent plus proches l’un de l’autre et les sentiments sont aussi plus authentiques».
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A travers cette première exposition de lettres manuscrites, Nguyen Thi Da Thuong espérait donner une idée aux jeunes de la façon dont les générations précédentes chérissaient les lettres. L’écriture de lettres était en effet un travail sophistiqué. Les perfectionnistes voulaient disposer de papier spécial, de tampon ou de dessin qui leur étaient propre… Par-dessus tout, Da Thuong souhaite encourager les gens à recommencer à écrire des lettres de leurs propres mains. Ça donne plus de sérénité lorsque chaque pensée est écrite avec soin, et le destinataire sera forcément plus ému, dit-elle.




