Vers des intérêts stratégiques
Avant son déplacement en Inde, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a estimé que promouvoir les relations d’amitié avec l’Inde constitue une priorité stratégique des Etats-Unis et ce partenariat de longue date était sur le point de connaître «une transformation historique». En effet, l’Inde a son nouveau gouvernement alors que John Kerry a explicitement déclaré soutenir les nouvelles politiques de développement du Premier ministre Narendra Modi. Par ailleurs, l’amiral Samuel Locklear, commandant des forces américaines en Asie-Pacifique a déclaré que Washington voulait intensifier sa coopération militaire avec New Deli et que l’Inde devrait jouer un rôle plus actif en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est où l’attitude éprouvée par Pékin concernant ses conflits territoriaux avec certains pays de la région devient préoccupante.
Sur le plan économique, la valeur des échanges commerciaux bilatéraux a atteint 100 milliards de dollars. Les deux pays souhaitent multiplier par 5 ce chiffre à l’avenir. L’Inde espère pouvoir capter davantage d’investissements américains. Pour y parvenir, New Delhi a annoncé ouvrir davantage son secteur de l’assurance et celui de la défense aux capitaux étrangers. Désormais, les investisseurs étrangers pourront détenir jusqu’à 49% des capitaux des co-entreprises s’ils se lancent dans l’industrie indienne de la défense contre 26% comme auparavant. De plus, lors de leur 5ème dialogue stratégique annuel, Américains et Indiens discuteront de leur coopération dans la production du Javelin, un lance-missile anti-char de nouvelle génération, et dans le développement des drones. L’Inde souhaite doper la coopération bilatérale dans l’exploitation des gaz de schiste tandis que les Etats-Unis s’emploient à augmenter leurs exploitations et leurs investissements en Inde.
Mais les entraves sont importantes
Les intérêts communs sont importants mais les entraves à franchir sont aussi de taille. C’est pourquoi la tâche de John Kerry ne sera pas facile. Il devra d'abord faire oublier à Narendra Modi que les Etats-Unis lui ont refusé un visa pendant 9 ans, en raison d'émeutes anti-musulmanes ayant fait plus de 1.000 morts dans l'État du Goujarat qu'il dirigeait à l'époque. Puis, dissiper les tensions nées entre les deux pays après l'arrestation, l'an dernier, d'une diplomate indienne à New York. Celle-ci a été soupçonnée d'avoir sous-payé son employée de maison. L'affaire avait provoqué une tempête diplomatique entre les deux pays. De son côté, le Premier ministre indien, dès son arrivée au pouvoir, a entériné l’accord pour la fondation de la Banque pour le développement des pays émergeants Brics (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud et Chine). Cette banque est considérée comme un contre-poid aux Institutions financières internationales dirigées par les Etats-Unis et les Occidentaux. A tout cela viennent s’ajouter leurs différends concernant le protectionnisme commercial ou encore la propriété intéllectuelle.
Suite à cette visite de John Kerry, ce mois-ci, le secrétaire américain à la défense Chuck Hagel se rendra, lui aussi, en Inde. Le chef du gouvernement indien effectuera, quant à lui, une visite officielle aux Etats-Unis en septembre prochain à l’invitation du président américain Barack Obama. Les relations américano-indiennes amorcent-elles un réchauffement propice à un avenir plus calme? Tout dépendra de ces visites./.




