![]() La géante plate-forme pétrolière chinoise Ocean Oil 981 vient d'entrer en fonctionnement en mer Orientale. Photo: xinhua |
![]() Wu Shi Cun (droite), lors d'un récent colloque. Photo: Chinareviewnews.com |
Comme les autres pays maritimes de l’ASEAN, le Vietnam estime qu’il faut résoudre tout litige sur la base du droit international. La communauté internationale partage ce point de vue. On peut en conclure que les propositions faites par les chercheurs chinois et taiwanais vont à contre-courant de l’opinion mondiale. D’ailleurs, une série de colloques sur ce sujet a été organisée ces derniers temps dans le monde. Et nombreux sont les scientifiques internationaux qui ont critiqué le manque de fondement scientifique, juridique et pratique de la “langue de boeuf” chinoise. Selon le professeur Erik Franckx de l’Université de Vrije, en Belgique, la carte de la “langue de boeuf” ne peut être en aucun cas une preuve légale de la souveraineté chinoise. Pour cause, l’Organisation météorologique mondiale - l’organisme des Nations Unies qui fait autorité pour les questions relatives au temps, au climat et à l’eau - n’a trouvé aucun symbole scientifique ou météorologique sur la carte chinoise. Celle-ci est, selon le professeur belge, confuse, dépourvue de précision technique et de fondement juridique. De son côté, David Scott, un professeur de droit britannique, fait remarquer qu’en déposant à l’ONU sa carte de la “langue de boeuf”, la Chine a voulu légaliser l’appelation de la zone maritime qu’elle revendiquait. Mais dans le même temps, ce pays n’a pas avancé de preuves techniques justifiant sa demande. Par ailleurs, il refuse d’observer la convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS), et de saisir une juridiction internationale pour résoudre ses litiges avec les pays voisins. Selon Monique Chemillier-Gendreau, professeur de droit à l’Université Paris-Diderot, en France, si la Chine ne veut faire appel à aucun tribunal international, c’est justement parce qu’elle ne possède aucune preuve scientifique de ce qu’elle revendique. Or, jusqu’à présent, n’importe quel pays qui souhaite revendiquer sa souveraineté sur un territoire doit se baser à la fois sur la loi et sur la pratique. Dans le cas de la Chine, elle ne dispose de documents évoquant les archipels en mer Orientale que depuis 1930. Or, les rois de l’Annam avaient établi un registre foncier sur les archipels Hoang Sa et Truong Sa dès le 17ème siècle. Cela signifie que sur un plan juridique et en fonction des preuves vérifiables, les documents présentés par le Vietnam sont plus anciens. Selon le principe d’occupation réelle et d’exercice du pouvoir étatique de manière réelle, continue et pacifique, principe appliqué depuis longtemps dans le monde, l’Etat vietnamien a de facto exercé son droit de souveraineté nationale sur Hoang Sa et Truong Sa pendant une longue période sans rencontrer de protestation.
La revendication infondée de la Chine sur la mer Orientale porte préjudice non seulement à ses relations avec le Vietnam mais aussi avec les autres pays de l’ASEAN. D’après le professeur Kishore Mahbubani, recteur de l’Ecole de politiques publiques Lee Kuan Yew de Singapour, cette revendication peut même compromettre les efforts de la Chine qui, depuis 20 ans, essaye d’établir des liens de confiance avec les pays d’Asie du Sud-Est. Ce professeur a jugé « peu judicieux » l’envoi par la Chine, en 2009, de sa carte de la “langue de boeuf” aux Nations Unis. Pékin aura du mal à justifier sa demande, sur la base du droit international, a dit M.Mahbubani.
Enfin, on imagine comment une revendication de souveraineté dépourvue de fondement et contraire au droit international n’a aucune chance de convaincre l’opinion… Le Vietnam n’est pas le seul à souhaiter maintenir un environnement pacifique en mer Orientale. Tous les pays de la région et les autres ayant des intérêts y tiennent aussi. Et tous s’accordent à dire qu’il est inadmissible d’imposer unilatéralement sa volonté comme l’ont fait les chercheurs chinois et taiwanais.




