Un point de rupture au cœur du Golfe

Présidée par le chef de la diplomatie bahreïnie, Abdullatif bin Rashid Al Zayani — dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de sécurité — la réunion a rassemblé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ainsi que celui de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, aux côtés de diplomates et d’experts. Devant les membres du Conseil de sécurité, Antonio Guterres n'a pas ménagé ses mots. La sécurité maritime mondiale, a-t-il averti, est en passe de devenir un révélateur des fragilités de l'ordre international. Piraterie en recrudescence, menaces terroristes, compétition géopolitique exacerbée, entraves répétées à la liberté de navigation: autant de signaux qui, pris ensemble, dessinent le tableau d'un espace maritime mondial sous tension.

Au centre des préoccupations: le détroit d’Ormuz, passage stratégique entre l’Iran et Oman, aujourd’hui paralysé par l’escalade entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv. Par cette voie transite près d’un cinquième du pétrole et du gaz échangés dans le monde. Désormais soumis à un double verrouillage, iranien et américain, le détroit provoque une rupture d’approvisionnement énergétique sans précédent et fragilise l’économie mondiale. À la tribune, Antonio Guterres a lancé un appel pressant:

«Le droit maritime et la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz doivent être respectés, conformément à la résolution 2817. Il faut appliquer ces principes pleinement et sans attendre. J’appelle toutes les parties: ouvrez le détroit. Laissez passer les navires, sans frais, sans discrimination. Laissez le commerce reprendre, laissez l’économie mondiale respirer», a-t-il appelé.

En amont, plusieurs rencontres internationales ont tenté d’esquisser des solutions, qu’elles soient diplomatiques, militaires ou techniques. Sans succès, pour l’instant. Les tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran continuent de bloquer toute avancée concrète. Pour Alexis Ellender, analyste chez Kpler, le retour à la normale est encore lointain:

«On a encore du chemin avant de retrouver un trafic normal dans le détroit. Le plus problématique, c’est cette alternance: les navires passent, puis sont stoppés à nouveau. La prochaine fois, tout le monde hésitera davantage. Les bateaux déjà bloqués chercheront à quitter la zone au plus vite. Mais ceux qui envisagent d’y revenir pour charger du pétrole ou des engrais seront, je pense, extrêmement prudents», a-t-il précisé.

Une urgence humaine en mer

Au-delà des enjeux économiques et stratégiques, la crise prend aussi une dimension humanitaire. Près de deux mois après le début du blocage, la situation des équipages inquiète. Selon l’OMI, plus de 20.000 marins et 2000 navires commerciaux sont actuellement immobilisés dans la région, dans des conditions de vie de plus en plus difficiles, marquées par l’incertitude et la pression.

Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale, Arsenio Dominguez, a confirmé travailler à une opération d’évacuation:

«Après la décision du Conseil de l’OMI, j’ai lancé la préparation d’un plan pour évacuer navires et marins en toute sécurité, via des moyens de transport distincts. Les aspects techniques et organisationnels avancent, avec les pays de la région, dont l’Iran, et le soutien des États impliqués dans les négociations. Nous sommes prêts à déployer ce plan immédiatement, dès que les conditions de sécurité le permettront», a-t-il dit.

Le chef de l’OMI a également appelé les États à s’engager concrètement en faveur du secteur maritime — en garantissant notamment un accès à des assurances à des coûts abordables, condition indispensable, selon lui, pour relancer rapidement le commerce.

Mais c’est sur les principes qu’il s’est montré le plus catégorique. La liberté de navigation, a-t-il insisté, «ne se négocie pas». Elle ne peut être soumise ni à des tractations politiques ni à des pressions économiques. Les navires doivent pouvoir circuler librement sur toutes les mers, dans le respect du droit international.

Et sur ce point, le ton est sans ambiguïté: aucun État n’a le droit de fermer un détroit utilisé pour la navigation internationale. Pas plus qu’il ne peut exiger des paiements, imposer des taxes ou conditionner le passage à des critères discriminatoires.