Pour les experts, cette orientation dépasse le simple changement de modèle économique, elle traduit une nouvelle manière de créer de la richesse et de renforcer la compétitivité nationale.
Durant les décennies du Renouveau, le développement du Vietnam s’est principalement appuyé sur le capital, les ressources naturelles et une main-d'œuvre abondante et peu coûteuse. Aujourd'hui, face à une concurrence mondiale accrue, ce modèle montre ses limites. La transition vers une économie fondée sur la productivité, la connaissance, les technologies et le capital humain apparaît désormais indispensable pour renforcer la compétitivité du pays et soutenir une croissance durable sur le long terme.
Les nouveaux moteurs de la croissance
Comment le Vietnam peut-il créer durablement de la richesse et renforcer sa compétitivité? Pour le secrétaire général et président, Tô Lâm, la réponse est claire: il faut passer d'un modèle de croissance fondé sur le capital, les ressources naturelles, la sous-traitance et une main-d'œuvre à bas coût à un modèle axé sur la productivité, le savoir, les technologies, les données, l'innovation et des ressources humaines qualifiées. L'objectif est de bâtir une économie plus autonome et mieux intégrée à l'économie mondiale. Cette transition intervient alors que les moteurs traditionnels de la croissance vietnamienne montrent progressivement leurs limites, comme l’explique Bùi Hoài Son, membre permanent de la Commission de la culture et des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
“Le Vietnam ne peut plus compter sur des coûts de production faibles pour rester compétitif. Il doit désormais s'appuyer sur la productivité, le savoir, les technologies, les données, l'innovation, des ressources humaines qualifiées et une gouvernance performante. Les progrès scientifiques et technologiques, la transformation numérique et l'intelligence artificielle doivent se traduire en produits, en valeur ajoutée et en véritables avantages concurrentiels. Ce virage stratégique permettra au pays de monter en gamme dans les chaînes de valeur mondiales, de renforcer son autonomie économique et de jeter les bases d'une croissance à la fois rapide et durable”, dit-il.
Selon Tô Lâm, dans cette transition, le capital humain, aux côtés de la productivité, du savoir et des technologies, constitue l'un des piliers du nouveau modèle de développement. Cette vision s'inscrit dans une stratégie de développement à long terme.
“Dans un contexte de concurrence toujours plus intense, les pays qui maîtrisent le savoir, les technologies et disposent d'une main-d'œuvre hautement qualifiée sont les mieux placés pour se positionner sur les segments à plus forte valeur ajoutée. En plaçant l'être humain au cœur de cette stratégie, le Vietnam affirme également que le développement ne se mesure pas seulement à la richesse créée, mais aussi à l'amélioration de la qualité de vie, des perspectives d'avenir et du bien-être de la population”, estime Bùi Hoài Son.
En plaçant l'être humain au cœur de son nouveau modèle de développement, le Vietnam entend concilier croissance rapide et développement durable. Mais pour que la productivité, le savoir, les technologies et le capital humain deviennent de véritables moteurs de croissance et de compétitivité, encore faut-il créer les conditions nécessaires, que ce soit en matière d'institutions, de ressources ou encore d'environnement propice à l'innovation.
Concrétiser les moteurs du développement
Le secrétaire général et président, Tô Lâm, a ainsi souligné la nécessité de renforcer le rôle de l'État en tant que stratège et régulateur, tout en laissant au marché un rôle central dans la mobilisation et l'allocation des ressources. Il a insisté sur la nécessité de préserver le rôle dominant du secteur public, tout en faisant du secteur privé «l'un des moteurs, le plus important de l'économie». Il a également appelé à mieux articuler l'attraction des investissements étrangers avec le transfert de technologies et le renforcement des capacités nationales.
“Il faut d'abord engager une réforme des institutions en passant d'une logique de contrôle à une logique d'accompagnement et de soutien à l'innovation. Le cadre juridique doit évoluer au même rythme que les nouvelles technologies, avec des mécanismes d'expérimentation encadrés, une meilleure protection de la propriété intellectuelle, des données et des résultats de la recherche, tout en levant les obstacles administratifs qui freinent l'investissement et la commercialisation des innovations", souligne Bùi Hoài Son. "Ensuite, il est indispensable de mettre en place des politiques ambitieuses pour attirer, valoriser et retenir les talents, en particulier les chercheurs, les experts en technologies et les cadres dirigeants. Les entreprises doivent également devenir le cœur de l'écosystème d'innovation. Enfin, le Vietnam doit développer des infrastructures numériques et des bases de données nationales interconnectées et sécurisées, afin de faire de la transformation numérique et de l'intelligence artificielle des leviers concrets pour la gouvernance, la production et les services. Pour que ce nouveau modèle réussisse, les institutions doivent ouvrir la voie, l'être humain rester au cœur du développement, les technologies en être le moteur et les entreprises en être les principaux acteurs”.
L’économiste Lê Duy Binh rejoint lui aussi cette analyse.
“Ce nouveau modèle de croissance suppose de réunir un certain nombre de conditions essentielles, notamment en matière de ressources humaines, d'institutions et, surtout, de sciences et de technologies. Il est donc nécessaire de mettre en place un cadre institutionnel plus efficace, de créer un environnement d’investissement favorable et d'accompagner la transition vers ce nouveau modèle de croissance”, estime-t-il.
La transition vers un nouveau modèle de développement fondé sur la productivité, le savoir, les technologies et le capital humain ne consiste pas seulement à changer les moteurs de la croissance. Elle vise aussi à renforcer les capacités du pays, à accroître sa compétitivité et à jeter les bases d'un développement rapide et durable dans cette nouvelle ère.








