Les premiers pas sont encore hésitants. Puis, soudain, les bœufs accélèrent. Quatre animaux s’élancent, projetant derrière eux des gerbes d’eau et de boue. Sur les deux côtés de la piste, les encouragements de la foule vont crescendo…
Les bœufs engagés dans la compétition sont choisis, soignés et entraînés bien à l’avance. Ils doivent s’habituer à courir sur un terrain boueux et apprendre à avancer de concert. Le conducteur, lui, doit connaître le tempérament de chacun et savoir quand ménager ses forces ou, au contraire, les pousser à accélérer.
Pour les participants, la victoire compte, bien sûr. Mais le plaisir de prendre part à la fête est encore plus important. Dào Van Cat, de la commune d’An Cu, dont le couple de bœufs participe à la compétition cette année, témoigne:
«Je participe pour le plaisir. Si on remporte un prix, tant mieux. Mes bœufs sont encore jeunes, je n’en ai pas de très grands. Mais dès que j’en ai un couple de bœufs qui participe, je suis content.»
Les propriétaires de bœufs préparent leurs animaux pour la course. Ceux qui n’en ont pas viennent assister au spectacle et encourager leurs couples préférés. Les éleveurs échangent leurs conseils sur les soins et l’entraînement, tandis que les habitants des environs profitent de l’occasion pour se retrouver après les journées de travail.
Tu Van Tân, habitant du quartier de Tinh Biên, à An Giang, attend cette fête chaque année.
«Cette année, je trouve que l’organisation est plus rigoureuse que les autres années. Il n’y a pas de désordre, tout est bien organisé, chaque étape est bien encadrée. Je suis très impatient. J’avais vraiment envie de venir pour découvrir la fête et en savoir davantage», dit-il.
La course de bœufs des monts Bay Nui est née de la vie agricole des Khmers de la région. Le bœuf, étroitement lié aux travaux des champs, occupe toujours une place importante dans leur quotidien. Au fil du temps, les courses organisées après les travaux agricoles sont devenues une manifestation culturelle et sportive très attendue, comptant parmi les traditions importantes des Khmers du Sud du Vietnam.
La piste est elle-même bien différente de celles des compétitions sportives classiques.
Pas de terrain plat, c’est la boue, l’eau et le sol glissant qui constituent le véritable défi. Debout derrière les bœufs, le conducteur doit garder son équilibre tout en faisant avancer les deux animaux au même rythme. Le moindre moment d’inattention peut suffire à changer la course.
La puissance des bœufs, leur vitesse et les gerbes de boue et d’eau qui jaillissent autour des conducteurs font de cette compétition un spectacle particulièrement impressionnant et photogénique, devenu emblématique des monts Bay Nui.
Nombreux sont les visiteurs qui parcourent parfois des centaines de kilomètres pour assister à la course. Certains viennent spécialement avec leur appareil photo, à l’affût du moment décisif. C’est le cas de Pham Manh Tuân, qui est venu de Hô Chi Minh-Ville avec des amis pour photographier la fête.
«Cette année, des concours de photographie sont organisés en parallèle de la course, ce qui donne envie à beaucoup de photographes de participer. Et puis, comme la compétition est organisée à une plus grande échelle, les affrontements entre les couples de bœufs sont plus intenses. On peut donc capturer davantage de beaux moments», raconte-t-il.
Le couple de bœufs victorieux est traditionnellement considéré comme un porte-bonheur. Il symbolise l’espoir de conditions météorologiques favorables et d’une récolte abondante. Quant aux propriétaires qui ne remportent pas de prix, ils trouvent déjà satisfaction dans le fait d’avoir fait participer leurs bœufs, de retrouver d’autres passionnés et de prendre part à la fête.
Après douze éditions organisées à la pagode Rô, les foulées des bœufs continuent ainsi de faire vivre une tradition profondément enracinée dans la communauté khmère de la région.
Derrière les cris de la foule, les bœufs et les agriculteurs qui s’élancent sur la piste racontent aussi une part de la vie culturelle du Sud-Ouest vietnamien. Une fête née du travail des champs, préservée par la communauté et qui constitue aujourd’hui une expérience touristique singulière d’An Giang.








