Fin 2025, le Vietnam comptait près de 79 millions de profils actifs sur les réseaux sociaux, soit plus des trois quarts de la population, selon le rapport Digital 2026 de DataReportal. Les entreprises doivent donc être présentes en ligne. Mais “la communication” recouvre plusieurs métiers, comme l'explique Mai Anh, étudiante en quatrième année, qui s'occupe de la plateforme Tiengphap+ du Département de français.
“La communication est un domaine très large: il y a le contenu, le design, la photo et la vidéo. J'ai eu la chance de tout essayer. Au département, je planifie les publications, je les conçois, et lors des événements, c'est moi qui prends les photos”, explique-t-elle.
Chi Công a lui aussi multiplié les expériences. Pendant ses études et depuis, il a fait des relations presse, filmé des mariages et des voyages pour un studio, suivi des ONG jusqu'à Cao Bang et Tuyên Quang, avant d'entrer dans un organisme public. C'était un choix délibéré.
“J'ai fait le plus de choses possible. Certains postes que je croyais faits pour moi ne l'étaient pas, et d'autres que je n'imaginais pas me convenaient parfaitement. Ce secteur est tellement vaste qu'il faut être prêt à explorer”, raconte-t-il.
Premiers pas: sortir de la théorie
Pour tous, le point de départ est le même: les cours ne suffisent pas. Mai Anh:
“À l'université, la communication reste de la théorie sur le papier. Il est difficile d'imaginer ce qu'est vraiment un plan de communication, ou comment toucher son public cible. C'est en travaillant à l'extérieur que j'ai compris qu'il fallait tout planifier en détail”, constate Mai Anh.
Ces cours restent utiles, selon elle, mais ils donnent une vision générale. Il faut ensuite chercher par soi-même et pratiquer. Et pour pratiquer, elle a une recommandation précise. Mai Anh toujours:
“Aux débutants, je conseille de commencer par le contenu. On apprend beaucoup en ligne, et on peut pratiquer tout de suite, dans un club ou au département. Pas besoin d'avoir de l'expérience. Le design et la vidéo demandent plus de temps, et un investissement en matériel”, indique-t-elle.
Les difficultés: vitesse, endurance, crises
Une fois dans le métier, la première contrainte est le temps. Les tendances sur les réseaux sociaux durent parfois quelques jours seulement. Mai Anh prévient:
“La plus grande difficulté, c'est la rapidité. Quand une tendance apparaît, il faut l'intégrer tout de suite dans ses publications. Si on est lent, elle passe de mode, et on ne perd pas seulement une idée: toute la campagne prend du retard”, prévient Mai Anh.
La deuxième contrainte est physique, surtout pour ceux qui travaillent sur le terrain. Les horaires ne sont pas fixes, et un événement demande du travail avant, pendant et après. Chi Công se souvient d'un team building dont la préparation a commencé la veille au soir.
“À 3 ou 4 heures du matin, je commençais déjà. Dès que les gens montent dans le bus, je filme. Dans le bus, à la descente… Il faut presque tout enregistrer, donc il n'y a quasiment pas de temps mort. Et il y a toujours des imprévus à régler très vite”, raconte-t-il.
Troisième contrainte: les crises. Un problème peut survenir dans n'importe quel service de l'entreprise, mais c'est le service communication qui doit le gérer publiquement, souvent en urgence et avec plusieurs autres services.
Beaucoup d'offres, peu de postes stables
Sur le papier, les offres d'emploi ne manquent pas. Mais Chi Công met en garde contre une idée reçue.
“Je dis souvent en plaisantant aux étudiants: le travail dans la communication ne manque jamais. Mais un travail qui permet de vivre, c'est autre chose. Les grandes entreprises ont déjà assez de personnel. Les petites en ont besoin, mais pour elles la communication n'est pas prioritaire: c'est souvent le premier poste supprimé quand il faut réduire les coûts”, explique-t-il.
À cela s'ajoute l'intelligence artificielle. Beaucoup d'entreprises pensent qu'elle peut remplacer une partie du travail, notamment la rédaction de contenu. Chí Công reconnaît que ce n'est pas entièrement faux, mais il faut toujours quelqu'un pour piloter le travail et en mesurer l'efficacité.
“Il ne s’agit pas de rivaliser avec l'IA, mais de savoir l'utiliser. Si vous rapportez plus à l'entreprise que ce qu'elle dépense pour l'IA, on vous garde”, estime-t-il.
Tout essayer ou se spécialiser ?
Faut-il tester un maximum de postes ou choisir tôt une spécialité? Pour Chi Công, qui a lui-même tout essayé, cela dépend de l'objectif.
“Si vous voulez devenir manager, essayez un maximum de postes: un service communication compte beaucoup de métiers différents, et il faudra tous les comprendre. Si vous ne voulez pas diriger, spécialisez-vous. Le travail ne manque pas, mais les profils vraiment spécialisés sont rares”, explique-t-il.
Nguyên Huong, née en 2000, a quatre ans d'expérience. Elle est chargée d'affaires en communication et événementiel chez Viettel, le groupe de télécommunications de l'armée, et travaille aussi pour Artus Media, une start-up de communication. Selon elle, trois compétences comptent. D'abord la vision d'ensemble: un chef de projet doit connaître l'objectif de la campagne, la cible et les risques, pas seulement le texte ou le visuel. Ensuite, le travail avec les autres services, notamment le commercial, la stratégie et les finances. Enfin, la résistance à la pression.
“Avec l'IA et des tendances qui changent chaque jour, il faut sans cesse se mettre à jour et créer. La pression devient très forte. Pour tenir, il faut garder sa motivation, même quand tout change très vite”, confie-t-elle.
Le français: un avantage, pas une langue de travail
Reste la question que se posent les étudiants de cette filière: à quoi sert le français quand on travaille surtout en vietnamien? Nguyên Huong répond franchement.
“Je dois l'avouer, je travaille surtout en vietnamien et en anglais, pas en français. Mais le français rend mon CV beaucoup plus remarquable face aux recruteurs. Et comme je l'étudie depuis le lycée, la culture française influence mes idées et mon regard sur un design”, avoue-t-elle.
Chi Công fait le même constat. Les cours en français lui ont apporté une approche européenne de la communication. Mais ses professeurs le répétaient: l'anglais doit progresser en parallèle. Son premier emploi était dans l'univers francophone, le deuxième en anglais. Aujourd'hui, il travaille surtout en vietnamien, mais avec un public de nombreuses nationalités.
Pour Mai Anh, le français a surtout ouvert des occasions concrètes.
“Grâce au français, j'ai été pour la première fois cheffe du comité d'organisation d'un concours, Le Grand Quiz 2026. J'ai pu tester un rôle de leader et j'en ai tiré beaucoup de leçons », raconte-t-elle.
Les trois témoignages vont dans le même sens. Pour entrer dans la communication, il faut pratiquer tôt, dès les études. Pour y rester, il faut être rapide, résister à la pression et apprendre à utiliser l'IA plutôt que de la craindre. Le français ne sera pas forcément la langue de travail, mais il fait la différence face aux recruteurs.







