Aujourd’hui, ce savoir-faire est en voie de disparition et de nombreuses techniques ne sont plus transmises. Mais l’histoire de ce village artisanal reste bien vivante.

«Ma grand-mère me racontait qu’autrefois, presque toutes les familles du village comptaient au moins un potier. On fabriquait toutes sortes d’objets: des jarres, des bassines, des cuillères…», raconte une villageoise.

«Pendant les vingt premières années qui ont suivi la Libération, les habitants utilisaient encore ces objets. Nous en fabriquions donc beaucoup, notamment des cuillères à sucre, des bassines et toutes sortes d’ustensiles», se souvient un autre villageois.

À Quang Duc, la poterie s’est développée du 17ᵉ jusqu’au début du 20ᵉ siècle. D’abord destinée au marché local, elle s’est progressivement diffusée dans le Centre du Vietnam, dans la cordillère de Truong Son, sur les hauts plateaux du Centre et dans d’autres régions. Certaines pièces ont même été retrouvées dans des épaves, apportant de nouveaux éléments sur les routes commerciales empruntées par les poteries produites le long de la rivière Cai. Mais l’intérêt de Quang Duc réside aussi dans les traces laissées par toute cette activité artisanale, comme nous l’explique Nguyên Danh Hanh, chercheur de son état.

«À Quang Duc, il reste encore de nombreuses traces de cette ancienne activité. Au pied de la montagne, on trouve notamment de nombreux dépotoirs où sont conservés des fragments de céramique. Il y a une quinzaine d’années, lors de nos recherches dans le village, nous pouvions voir les vestiges de certains fours en forme de carapace de tortue. Ce sont des modèles très anciens», précise-t-il.

Les dépotoirs, les restes de fours et les fragments de poteries enfouis dans le sol sont autant de «pages d’histoire». Ils permettent aux chercheurs de retracer l’histoire d’un savoir-faire artisanal, de sa naissance à son développement et ses transformations, au sein des populations de la basse vallée de la rivière Cai. Pour le professeur Nguyên Van Kim, vice-président du Conseil national du patrimoine, la particularité des céramiques de Quang Duc tient notamment à l’association entre les matières premières locales et la créativité des artisans.

«L’originalité de cette céramique tient d’abord à son caractère local et à la créativité des artisans. Elle est étroitement liée à la mise en valeur des terres du Sud sous les seigneurs Nguyên. Les artisans ont utilisé les ressources disponibles localement: la terre, les produits de la mer, mais aussi le feu et le vent. L’utilisation de coquilles de coques donne également à chaque pièce une valeur artistique particulière. C’est l’une des caractéristiques les plus originales et les plus remarquables des céramiques de Quang Duc», nous explique-t-il.

Pour le professeur associé et docteur Dang Van Thang, chef du département d’archéologie de l’Université des sciences sociales et humaines de Hô Chi Minh-ville, il faut poursuivre les recherches sur le site des anciens fours afin de mieux déterminer leur époque, les techniques de fabrication et les matières premières utilisées.

«Il faut d’abord étudier et fouiller minutieusement le site des anciens fours pour en déterminer la datation. Ensuite, des analyses scientifiques permettront de comprendre comment l’émail à base de coquilles de coques était fabriqué et quelle était la nature de l’argile utilisée. Ces recherches pourront ensuite aider les habitants à retrouver cette matière première et à faire renaître ce savoir-faire», suggère-t-il.

Dans le cadre du projet de création du géoparc de Phu Yên, qui ambitionne d’obtenir le statut de géoparc mondial de l’UNESCO, les experts proposent d’intégrer les céramiques de Quang Duc aux sites du patrimoine culturel. Les vestiges encore visibles aujourd’hui à Quang Duc racontent l’histoire d’un savoir-faire artisanal séculaire. Ils témoignent aussi d’une partie de l’histoire culturelle de l’ancienne région de Phu Yên, des valeurs aujourd’hui redécouvertes, préservées et transmises aux générations futures.