L’exposition présente plus de cinquante objets traditionnels associés à la Fête de la mi-automne, dont certains ont été reconstitués à partir de modèles vieux de plus d’un siècle.
«Je suis vraiment contente, c’est très amusant. J’adore les lanternes, elles sont super belles», nous raconte une petite fille.
«Ce qui m'a le plus plu, ce sont les créations en forme de crabe, les marionnettes et les immenses lanternes en forme d’animaux fabriquées», ajoute un jeune garçon.
Pour plusieurs générations de Vietnamiens, une simple lanterne en forme d’étoile, de poisson ou de crabe peut suffire à faire remonter des souvenirs d’enfance... Pour l’exposition, la marque Cua Na a reconstitué plusieurs modèles anciens: les lanternes «Soleil-Lune» et «Rouleau de lettré», mais aussi des lanternes en forme de crabe, de crevette ou encore des lanternes tournantes.
Leur fabrication reprend, autant que possible, les techniques traditionnelles. Ces objets destinés aux enfants avaient aussi une dimension symbolique. Derrière les jeux de lumière se trouvait souvent le souhait des parents de voir leurs enfants réussir leurs études et devenir des personnes éclairées et vertueuses…
Trinh Van Khuê, le fondateur de la marque Cua Na, nous en dit plus…
«La lanterne-crabe est fabriquée à partir d’une armature en bambou, recouverte de papier dó pour former le corps de l’animal. C’est un modèle qui existe depuis très longtemps dans la tradition vietnamienne de la Fête de la mi-automne. J’ai retrouvé des photos et des documents sur cette fête, notamment à Hanoï, qui remontent à une centaine d’années et avaient été conservés par les Français, à l’époque. Pour fabriquer ce type de lanterne, de la recherche au choix des matériaux jusqu’au produit fini, il faut compter environ trois semaines. Tout cela sans compter le temps consacré à l’étude des techniques de fabrication», nous explique-t-il.
D’autres créateurs s’appuient également sur le patrimoine ancien pour proposer des objets destinés au public contemporain. Année du Cheval oblige, la marque Thong Dong présente ainsi une série de figurines représentant des chevaux blancs, roux ou noirs, ainsi qu’un «cheval de fer» et aussi des éléphants noirs et blancs.
Le peintre Nam Chi, représentant de Thong Dong, explique que son équipe s’est appuyée sur l’art des maisons communales, sur les croyances populaires et sur l’artisanat traditionnel pour concevoir cette collection consacrée aux chevaux.
«En créant ces objets, j’ai constaté que ce ne sont pas seulement les personnes âgées ou d’âge mûr qui s’y intéressent. Les jeunes de la génération Z veulent eux aussi les découvrir et les posséder. Je vois aujourd’hui beaucoup de jeunes qui cherchent à renouer avec les valeurs traditionnelles. Ces valeurs constituent, au fond, une partie de ce qui construit notre identité. C’est cela, la culture, l’âme d’un peuple», nous confie-t-il.
La marque The Annam a, elle aussi, choisi de puiser dans les traditions anciennes. Elle présente des objets autrefois utilisés lors des fêtes populaires et à la cour royale: parasols cérémoniels, figurines de «docteurs en papier», grands éventails cérémoniels ou encore éventails à plumes...
Plusieurs de ces objets ont été conçus pour permettre aux enfants de les manipuler ou de participer à des jeux. Nguyên Duc Anh, représentant de The Annam, revient sur la reconstitution de la figure du «docteur en papier».
«Pour notre génération, la génération Z, cette figure avait presque disparu. On ne la voyait pratiquement plus... Nous avons donc voulu la recréer pour faire vivre ce patrimoine et le rendre accessible aux jeunes. Elle porte aussi un message transmis par nos ancêtres: l’importance des études et le souhait de devenir une personne vertueuse et respectée. Cela montre à quel point l’éducation a toujours occupé une place importante dans les croyances et la vie populaire vietnamiennes», nous fait-il observer.
Parmi les pièces les plus imposantes de l’exposition figure un plateau de cinq fruits de 1,5 mètre de diamètre, réalisé en bambou et en rotin puis recouvert de papier coloré. Une version monumentale de l’une des pièces incontournables de la Fête de la mi-automne.
Pour certains visiteurs, l’exposition est aussi l’occasion de retrouver des images de leur propre enfance. C’est le cas de Nguyên Thanh Thao, une habitante de Hanoï.
«J’ai grandi à Hanoï, dans la rue Hàng Ma, et j’ai vu beaucoup de modèles de lanternes se succéder au fil des années, à chaque Fête de la mi-automne. Je me souviens de lanternes très anciennes, qui ont progressivement disparu. Alors, les voir réapparaître aujourd’hui me fait dire que cela peut aider les jeunes générations à renouer avec la culture traditionnelle», nous dit-elle.
Phan Nguyên Hung, qui vient de Hô Chi Minh-ville, retient pour sa part la dimension pédagogique de l’exposition.
«Ces images sont vraiment magnifiques. Elles donnent aux visiteurs un sentiment de proximité avec le passé. Montrer aux enfants, par exemple, l’image de la carpe qui se transforme en dragon permet de transmettre un message de manière beaucoup plus éloquente que par de simples leçons. Les enfants peuvent jouer tout en apprenant, naturellement, sans contrainte», constate-t-il.
Avec «Luu Trang», les organisateurs cherchent ainsi à remettre en circulation des objets et des motifs autrefois emblématiques de la Fête de la mi-automne. Une manière de faire connaître aux jeunes générations un patrimoine qui, pour certaines de ces formes artisanales, avait progressivement disparu du quotidien.








