Cette approche pousse chaque localité à bâtir sa propre stratégie de développement, en fonction de ses avantages comparatifs, de ses ressources et de ses capacités d’investissement, comme l’explique Pham Nam Tiên, membre de la Commission de la culture et des affaires sociales de l’Assemblée nationale.
«En donnant à chaque localité ses propres objectifs de croissance, on lui permet de construire des scénarios économiques adaptés à ses forces. Cela renforce l’initiative, la responsabilité et la motivation au développement. Et surtout, cela place les dirigeants locaux face à leurs responsabilités», insiste-t-il.
À Hanoï, la pression est déjà palpable. La capitale, une locomotive économique du pays, vise une croissance du PIB régional comprise entre 10 et 10,5% dès 2026, avant de maintenir un rythme supérieur à 10% sur toute la période 2026-2030. Pour y parvenir, la ville mise sur un nouveau modèle de croissance. Le président du Comité populaire de Hanoï, Vu Dai Thang, affiche une ligne sans ambiguïté.
«Nous maintenons fermement l’objectif d’une croissance à deux chiffres. C’est une question d’honneur et de responsabilité vis-à-vis du Parti et des habitants de la capitale. Nous allons répartir clairement les tâches entre les secteurs et les territoires afin que les résultats puissent être vérifiés à chaque étape», déclare-t-il.
Hanoï se projette déjà vers 2035. La ville veut devenir une métropole verte, intelligente et compétitive à l’échelle internationale, capable de rivaliser avec les grands centres régionaux en matière d’éducation, de finance, de santé ou encore d’innovation.
Même dynamique à Hô Chi Minh-Ville. La capitale économique du pays s’est fixé un objectif de croissance de 10% dès 2026 et sur l’ensemble du quinquennat. La municipalité mise sur trois moteurs classiques - investissement, consommation et exportations - mais aussi sur de nouveaux leviers, comme les technologies, l’innovation et la transformation numérique.
Ici aussi, les objectifs sont traduits en indicateurs précis, évalués mois après mois. Nguyên Lôc Hà, vice-président permanent du Comité populaire de la ville, insiste sur la nécessité d’un changement de méthode.
«Pour atteindre ces objectifs, les cadres doivent changer leur manière de travailler et produire des résultats concrets, mesurables. 2026 sera une année d’accélération. La pression est forte, mais c’est aussi une opportunité pour confirmer le rôle moteur de notre ville et améliorer durablement la qualité de vie des habitants», dit-elle.
Hô Chi Minh-Ville a lancé soixante-dix-sept projets routiers, pour un montant total avoisinant les 70 milliards de dollars. Le plus vaste programme d’infrastructures jamais engagé par la mégapole du Sud.
Sur les chantiers, le rythme s’intensifie.
«On travaille parfois jour et nuit, sans arrêt, même pendant les jours fériés, pour avancer le plus vite possible et tenir les délais avant la saison des pluies», raconte un ouvrier.
«Les jours fériés, la circulation est plus fluide. On en profite pour transporter davantage de matériaux et couler de gros volumes de béton», explique un autre.
Au-delà des chiffres, c’est une nouvelle logique territoriale qui se dessine. L’idée est de créer un effet d’entraînement entre les régions: lorsqu’un pôle économique accélère, il stimule les territoires voisins. L’économiste Trân Dinh Thiên, ancien directeur de l’Institut central de recherche économique, y voit un changement structurel.
«Dans une économie en pleine montée en puissance, les moteurs de croissance ne fonctionnent pas séparément. Ils se renforcent mutuellement. Chaque dynamique locale contribue à l’ensemble, et cet ensemble permet ensuite aux territoires prioritaires d’accélérer encore davantage», constate-t-il.
En fixant des objectifs chiffrés et en évaluant publiquement les résultats, le Vietnam cherche désormais à transformer la pression administrative en moteur de réforme. Les provinces ne sont plus censées avancer chacune dans leur couloir. Elles doivent progresser ensemble, dans une logique de coordination nationale.
Dans ce contexte, la croissance à deux chiffres n’apparaît plus seulement comme un slogan politique, elle devient un objectif atteignable… à condition que tout le pays avance au même rythme.






