Sur les traces des 469 soldats inconnus du cimetière de Mai Dich
27/08/2026 12:06
[VOVWORLD] - Depuis le début du mois d’août, plus de 200 militaires du commandement militaire de la capitale se relaient au cimetière de Mai Dich, à Hanoï. Leur mission: exhumer les restes de 469 soldats tombés pour la Patrie, pour la plupart pendant la résistance contre les Français, et prélever des échantillons destinés à des analyses ADN.
L’opération doit s’achever avant le 10 octobre 2026, à l’approche du 72e anniversaire de la libération de la capitale et du 80e anniversaire de la création des forces armées de Hanoï.
Il est à peine 6 heures du matin. La chaleur est déjà lourde. Dans les allées du cimetière, les équipes de la 301e division d’infanterie et du 544e bataillon du génie commencent leur journée.
Près de dix heures de travail les attendent, réparties entre 6 heures et 11 h 30, puis 14 heures et 18 h 30. Chaque jour, une vingtaine de tombes doivent être ouvertes. Un travail physique, répétitif, mais mené avec une précision qui ne laisse guère de place à l’erreur.
Pour atteindre les cercueils, les soldats commencent par forer avant de découper le couvercle des sépultures. Il faut ensuite descendre jusqu’à 2,5, parfois 2,8 mètres de profondeur. Chaque geste compte. Un mouvement trop brusque peut endommager le cercueil, provoquer son effondrement et laisser entrer la terre ou la boue, avec le risque de compromettre le prélèvement des restes.
Une fois extrait, chaque cercueil est recouvert d’un drapeau avant d’être conduit vers la zone de prélèvement.
Deux équipes y travaillent simultanément: l’une sur les tombes portant un numéro pair, l’autre sur les numéros impairs. Cinq hommes composent chacune d’elles. Deux effectuent le prélèvement, tandis que les trois autres nettoient, assistent leurs camarades et consignent chaque étape.
La science intervient alors avec une minutie presque silencieuse. Les techniciens recherchent en priorité des fragments d’os longs, de 5 à 7,5 centimètres, considérés comme les plus adaptés aux analyses génétiques. Lorsque les restes sont trop dégradés, chaque élément susceptible de livrer de l’ADN est conservé. Les dents, notamment, font l’objet d’une attention particulière.
Les échantillons sont ensuite placés pendant 72 heures en chambre froide avant d’être envoyés à l’Académie des sciences et technologies du Vietnam, où seront réalisés les tests ADN.
L’exhumation se heurte parfois à des obstacles inattendus. Certaines sépultures descendent jusqu’à trois mètres sous terre et sont construites en béton. Il faut alors utiliser des grues pour soulever des caveaux pesant entre 600 et 700 kilos, avant de les remettre exactement à leur place. Le colonel Trân Minh Tu, chef adjoint du service politique de la 301e division, évoque les difficultés du chantier: la chaleur, l’expérience encore limitée de certains jeunes soldats, mais aussi la complexité des sépultures anciennes.
«Pour nous, militaires de la force armée de la capitale, ce n’est pas seulement une mission. C’est une dette, un devoir de mémoire envers ces héros. La paix dont nous profitons aujourd’hui, nous la devons au sacrifice immense des générations qui nous ont précédés. Alors chacun tient à accomplir ce travail avec le plus grand sérieux, pour être à la hauteur de la mission confiée par la ville et l’armée», a affirmé le colonel Trân Minh Tu.
Pour le capitaine supérieur Cao Duy Hiêp, chef adjoint du 5e bataillon d’infanterie du 692e régiment de la 301e division, cette mission dépasse largement le cadre militaire. «Dès qu’on m’a confié cette tâche, j’ai compris que c’était à la fois un honneur et une grande responsabilité. C’est une manière de rendre hommage à ces héros, à tous ceux qui ont donné leur vie pour le pays. Dans l’unité, on s’encourage, on s’entraide et chacun essaie d’être à la hauteur. On veut même aller plus vite que prévu, dépasser les objectifs fixés, pour être dignes de la confiance qui nous est confiée», partage-t-il.
Sous le soleil d’août, les soldats poursuivent leur travail, sépulture après sépulture. Ici, la mémoire ne passe ni par les discours ni par les cérémonies, mais par des gestes précis, patients, répétés.
Hanoï compte aujourd’hui 233 cimetières abritant des tombes de soldats non identifiés. Trois d’entre eux sont directement gérés par la municipalité: Mai Dich, Nhôn et Ngoc Hôi. Avec ses 469 sépultures anonymes, c’est Mai Dich qui en concentre le plus grand nombre. L’opération elle-même s’inscrit dans une campagne nationale baptisée «500 jours et nuits», consacrée à la recherche et à l’identification des restes de soldats, dans la perspective de la Journée des blessés de guerre et des morts pour la patrie de 2027
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