Le déficit de confiance, principal obstacle
Le président américain Donald Trump a récemment affiché son optimisme quant aux perspectives de dialogue, affirmant que «l’Iran souhaite réellement parvenir à un accord, et ce serait un bon accord pour les États-Unis ainsi que pour nos partenaires». Il a également reconnu que les négociations étaient compliquées par les débats internes aux États-Unis, où les divergences sur l’approche à adopter vis-à-vis de Téhéran pèsent sur les discussions.
Du côté iranien, la priorité est ailleurs: la confiance. Après des années de tensions, et plus particulièrement depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire en 2018, les dirigeants iraniens ne se contentent plus d’engagements politiques verbaux et exigent désormais des garanties concrètes et vérifiables.
«Les acteurs du front diplomatique ne placent aucune confiance dans les paroles ou les promesses de la partie adverse. Notre seul critère est l’obtention de résultats concrets et tangibles avant toute contrepartie de notre part. Tant que nous n’aurons pas la certitude que les droits et les intérêts du peuple iranien sont garantis, nous n’approuverons aucun accord. Cette stratégie s’appuie sur notre propre vie, nous qui sommes toujours prêts à nous sacrifier pour le peuple iranien», a souligné Mohammad Baqer Qalibaf, président du Parlement iranien.
Cette position reflète la ligne constante de Téhéran lors des récents contacts diplomatiques. L’Iran ne rejette pas le dialogue, mais exige des avancées concrètes avant de prendre des engagements réciproques. Plus encore que les aspects techniques d’un éventuel accord, la question des garanties de mise en œuvre constitue aujourd’hui le principal point de blocage.
Des intérêts stratégiques difficiles à concilier
Au-delà de la question de la confiance, les négociations achoppent également sur plusieurs dossiers de fond.
Le programme nucléaire iranien demeure le sujet le plus sensible. Washington considère ce dossier comme l’une de ses principales «lignes rouges» et souhaite que l’uranium enrichi à haut niveau détenu par l’Iran fasse l’objet de mécanismes de contrôle définis d’un commun accord. Téhéran, de son côté, continue de défendre son droit au développement d’un programme nucléaire civil et refuse, à ce stade, toute contrainte durable susceptible de limiter cette capacité.
Les autorités iraniennes soulignent par ailleurs qu’à leurs yeux, la priorité immédiate reste la fin du conflit plutôt que l’examen détaillé des questions techniques liées au nucléaire.
«Aucun accord global n’a encore été finalisé. Concernant les autres questions évoquées, notamment le dossier nucléaire, je tiens à rappeler qu’à ce stade notre priorité est de mettre fin à la guerre. Nous n’avons donc rien à annoncer pour le moment sur les détails relatifs au nucléaire», a déclaré Esmaeil Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.
Autre sujet majeur de désaccord: l’avenir du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20% du pétrole mondial. Les deux pays divergent sur la notion même de «réouverture» de cette zone. Les États-Unis réclament le rétablissement complet de la navigation internationale sans restriction, tandis que l’Iran réaffirme ses prérogatives en tant qu’État riverain.
Les enjeux de sécurité régionale compliquent également les discussions. Téhéran estime que tout processus de négociation doit être lié à l’évolution de la situation à Gaza et au Liban, ainsi qu’au rôle de ses alliés régionaux. Dans ce contexte, l’Iran a récemment adopté un ton plus ferme en annonçant, le 1er juin, la suspension des échanges menés par l’intermédiaire de médiateurs avec Washington, alors que les affrontements se poursuivent dans le sud du Liban.
À ces différends s’ajoutent plusieurs dossiers non résolus, notamment le déblocage des avoirs iraniens gelés à l’étranger, l’allégement progressif des sanctions économiques et les garanties juridiques entourant tout éventuel accord.
L’imbrication des enjeux sécuritaires, économiques et géopolitiques rend ainsi particulièrement complexe la recherche d’un terrain d’entente entre Washington et Téhéran. Pour espérer parvenir à un accord global susceptible de mettre fin aux tensions actuelles, les deux parties devront encore réduire l’écart qui les sépare sur ces «lignes rouges» qu’elles considèrent chacune comme des intérêts stratégiques essentiels.








