Le premier pas est le plus difficile : oser. Partis de Normandie en 2021, ils n’avaient pourtant jamais voyagé à vélo. Ils savaient “à peu près pédaler” et ont appris la mécanique sur le bas-côté, avec des tutoriels. Marie était juriste avant de devenir tatoueuse ; Maxime, ingénieur en logistique, importait vers la France des produits fabriqués en Asie. Il allait pédaler à travers les pays qu’il ne connaissait jusque-là que par cartons interposés. Leur cap : la Nouvelle-Zélande, choisie parce que c’est le point quasiment à l’opposé à la France sur le globe.

“C’était une envie de voyager d’une manière générale. Si on prend juste un sac à dos, il va être très très lourd, parce qu’on voulait avoir de quoi dormir, de quoi se faire à manger, de quoi être autonome. Et l’étape du dessus pour partir longtemps, on s’est dit : des vélos”, dit Maxime.

Marcher dans leurs pas, c’est d’abord mesurer ce que coûte le corps. En Arabie saoudite, ils ont roulé sur des autoroutes désertiques. La moindre station-service était parfois à 70 kilomètres. Sous une chaleur écrasante, chacun devait boire jusqu’à huit litres d’eau par jour. Et toutes leurs montées, mises bout à bout, représentent 22 fois le mont Everest.

“C’est satisfaisant de se dire : je suis arrivé à cet endroit-là, par la force de mes muscles. On pollue quand même assez peu. Et on reste proche de la nature et de la population”, ajoute-t-il.

De cet effort, Minh Duc, un étudiant de l'Université de Hanoi, a fait un idéal. Il a surtout retenu un chiffre.

“J’ai été très impressionnée par ce voyage : il représente pour moi la liberté, l’ouverture et un idéal de vie. Un détail m’a marquée : “boire huit litres d’eau en une journée”. Cela m’a fait penser à une citation : “Le monde ne s’ouvre qu’à ceux qui marchent.” Le vélo aussi permet un contact profond avec la nature”, précise-t-il.

Dans leurs pas, il y a aussi un bagage qu’on ne voit pas : le matériel de tatouage de Marie. Elle tenait un salon en France. Elle l’a emporté pour tatouer au gré des rencontres. En Turquie, elle a croisé une tatoueuse kurde de son âge. Cette femme est aussi journaliste : elle recense les motifs que les anciennes portaient autrefois sur le visage, une tradition qui s’éteint. Les deux femmes ont échangé leur art. La Kurde a tatoué Marie à l’ancienne : sans machine, à l’aiguille, avec une encre faite maison. Au Vietnam, pourtant, Marie a rangé ses aiguilles.

“Non, pas au Vietnam. J’ai tatoué des gens au Laos et au Cambodge. Et au Vietnam, non. C’est un pays où le tatouage est très présent, il y a beaucoup de tatoueurs”, ajoute-t-elle.

De ce geste, l’autre étudiante, Gia Bao, n’a pas retenu l’art, mais ce qu’il garde.

“Ce qui m’a le plus marquée, ce sont ses petits tatouages : chacun raconte une étape de sa vie, comme des souvenirs gravés sur la peau. À mon âge, je ne me sens pas encore prête, mais elle m’a inspirée, sur l’importance de l’expérience de vie”, avoue-t-elle.

Faut-il être taillé pour l’aventure ? Leur conseil à qui rêve de partir tient en une phrase : commencer petit, quitter la maison à vélo, dormir une seule nuit ailleurs, rentrer le lendemain. Mais ils préviennent que ce mode de vie n’est pas fait pour tout le monde.

“On a un ami en France qui voulait venir avec nous. Il a préparé un vélo, il nous a rejoints, mais il est resté que quelques jours, parce qu’il trouvait ça trop dur. Pour lui, c’était dur, l’incertitude : qu’est-ce qu’on fait demain ? Où est-ce qu’on va dormir ?”, dit-elle.

Reste le dernier pas, celui du retour. Au printemps 2026, après cinq ans, 29 pays et 29.000 kilomètres, Marie et Max sont rentrés chez eux, à Dieppe. La boucle est bouclée. Et de tous ces pays traversés, ils ramènent une certitude qui tient en une phrase.

“Les pays, c’est comme une personne. Chaque pays a sa personnalité, et quand on y repense, c’est comme quelqu’un avec qui on a passé du temps”, fait-elle savoir.

Dans les pas de Marie et Max, on comprend une chose : les plus beaux voyages ne se racontent pas, ils se portent, gravés dans la peau, comme un tatouage.