Depuis plus d’un siècle, près d’un millier d’auteurs et de dessinateurs ont contribué à faire de la Wallonie-Bruxelles l’un des grands berceaux de la bande dessinée européenne. D’abord publiée dans les journaux avant de conquérir les albums, puis le cinéma et l’animation, la BD belge francophone a construit un imaginaire reconnu dans le monde entier.
Pour Pierre du Ville, chef de la Délégation Wallonie-Bruxelles au Vietnam, cette exposition est à la fois un hommage au patrimoine graphique belge et une invitation au dialogue culturel avec le public vietnamien.
«La mode dessinée est aussi un bon exemple d'outil culturel que nous mettons en avant et on pense que là aussi il existe un public vietnamien qui est très réceptif à ce type d'ouvrages et la Belgique est d'ailleurs quelque part un peu une tradition reconnue internationalement en la matière. C’est une exposition absolument exclusive donc elle met l’accent sur le 9e art, la bande dessinée. L’idée est de pouvoir porter un regard sur l’âge d’or de la bande dessinée en Belgique, c’est-à-dire après la Seconde guerre mondiale avec les grandes écoles graphiques de Bruxelles dont le principal auteur était Hergé et de l’école de Marcinelle de Charles Roy, avec des auteurs extraordinaires comme Franquin ou Morris… leurs personnages sont connus partout dans le monde, y compris ici au Vietnam. Mais nous voulions aussi porter un regard sur la bande dessinée plus contemporaine où l’on espère également qu'il y aura peut-être un public vietnamien que cela pourrait intéresser et des maisons d'édition qui aussi auront envie de venir commercialiser ces albums et les faire traduire ici en vietnamien», a-t-il noté.
Près de 60 planches originales et reproductions sont présentées au fil du parcours. Plus qu’une simple rétrospective, l’exposition propose un véritable voyage dans les styles graphiques qui ont marqué l’histoire de la BD belge. On y retrouve la ligne claire et précise d’Hergé, père de Tintin, personnage apparu pour la première fois en 1929 dans le supplément jeunesse «Le Petit Vingtième».
Plus loin, l’univers coloré et humoristique de Peyo fait revivre les Schtroumpfs, ces petits personnages bleus devenus des icônes mondiales de la culture populaire. L’exposition accorde également une place importante à des auteurs comme Paul Cuvelier, dont les planches rappellent parfois la peinture ou le cinéma par leur composition visuelle et leur travail sur la couleur. La juxtaposition des générations montre surtout comment la bande dessinée belge n’a cessé de renouveler son langage narratif au fil des décennies.
Mais plus encore que le nombre d'œuvres, c'est la structure même de l'exposition qui impressionne. Découpée en neuf espaces thématiques, elle entraîne le public à travers différentes époques, styles et genres — aventure, humour, fantastique, réalisme ou encore roman graphique expérimental. Une manière de rappeler qu’en Europe, la bande dessinée est considérée comme un art à part entière: le «neuvième art».
Nguyên Trân Quynh Chi, jeune visiteuse passionnée de dessin, partage son enthousiasme.
«J’aime beaucoup dessiner, donc j’aime naturellement la bande dessinée. Ici, on découvre de grands noms de cet art. Chaque auteur a son propre style, mais tous sont très talentueux. C’est vraiment passionnant», confie-t-elle.
Au-delà de la nostalgie, l’exposition cherche aussi à susciter des vocations. L’année dernière, la Délégation Wallonie-Bruxelles avait déjà organisé une master class avec l’Institut français et les éditions Kim Dông pour encourager les jeunes artistes vietnamiens.
«On sait qu'il existe au Vietnam de nombreux auteurs et dessinateurs talentueux, ainsi que de jeunes artistes capables de raconter de belles histoires et de créer des univers graphiques remarquables. Cette exposition peut aussi leur permettre d’entrer en contact avec des maisons d’édition et, peut-être, d’envisager de futures carrières dans la bande dessinée. Pour les prochaines éditions, nous espérons également attirer davantage d’éditeurs afin qu’ils puissent mesurer l’intérêt du public vietnamien et, pourquoi pas, initier des collaborations avec des maisons d’édition vietnamiennes», partage Pierre du Ville.
Pour de nombreux visiteurs, la bande dessinée dépasse largement le cadre du divertissement pour enfants. Elle devient un langage universel, capable de traverser les frontières et les générations.
«Des personnages familiers comme Tintin, Lucky Luke ou Les Schroumfs sont devenus des icônes culturelles, faisant partie des souvenirs d'enfance de nombreuses générations à travers le monde, y compris au Vietnam. La bande dessinée est un langage accessible, qui transcende les langues et les générations», témoigne Nguyên Ngoc Lan, une autre visiteuse.
Après plus d’un siècle d’existence, le neuvième art continue ainsi de se réinventer. Entre mémoire, humour, imagination et regard sur le monde contemporain, l’exposition rappelle que la bande dessinée belge demeure bien plus qu’un patrimoine culturel: un art vivant, universel et profondément intergénérationnel.








