Ces éléments constituent des signaux encourageants, traduisant une volonté renouvelée de la communauté internationale de relancer l’action contre le changement climatique, un enjeu qui s’était récemment retrouvé en retrait sous l’effet des tensions géopolitiques mondiales et des changements politiques observés dans plusieurs grandes puissances.
Une résolution historique
Lors de la session du mercredi 20 mai, l'Assemblée générale des Nations unies a voté, à une très grande majorité (141 sur 177 États votants), une résolution réaffirmant les obligations des États en matière de lutte contre le changement climatique, conformément au droit international. Porté par le Vanuatu, État insulaire du Pacifique particulièrement exposé aux effets du réchauffement, le texte vise à renforcer la portée de l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2025. Celui-ci estime que le non-respect des engagements climatiques pourrait constituer une violation du droit international, ouvrant la voie à des obligations de réparation envers les États les plus touchés. Dans sa résolution, l'Assemblée générale de l’ONU salue cet avis, qu’elle qualifie de référence pour clarifier le droit international en matière climatique, et appelle les États à respecter pleinement leurs engagements afin de protéger le climat et de limiter les effets du réchauffement global.
Le texte rappelle également la nécessité de limiter l’élévation de la température moyenne de la planète à 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels. Il insiste notamment sur l’objectif de «transition hors des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques», conformément à l’accord approuvé par près de 200 pays lors de la COP28, tenue aux Émirats arabes unis en 2023.
L’adoption de cette résolution, malgré l’opposition de plusieurs grandes puissances, dont les États-Unis, est perçue comme une avancée significative en faveur de la justice climatique. Même si l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) et la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies ne sont pas juridiquement contraignants, plusieurs experts estiment qu’ils traduisent un tournant important: la lutte contre le changement climatique n’est plus seulement un choix politique, mais tend à s’imposer comme une obligation de droit international. Pour le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, cette résolution est particulièrement importante pour les régions qui subissent depuis des années les effets de l’injustice climatique, à commencer par l’Afrique.
“L’Afrique doit être placée au cœur de la justice climatique. Le continent dispose de 60% du potentiel mondial d’énergie solaire mais ne reçoit que 2% des investissements dans les énergies propres. Avec des financements adaptés, elle pourrait produire d’ici 2040 jusqu’à dix fois plus d’électricité qu’aujourd’hui, et entièrement à partir d’énergies renouvelables”, a-t-il déclaré.
Selon les observateurs, le prochain défi pour les Nations unies sera de transformer cette résolution en engagements plus contraignants pour les États. Parmi les priorités figure la création rapide d’un «registre international des pertes et dommages», destiné à recenser les effets du changement climatique. Cet outil permettrait d’évaluer les dégâts et d’identifier les pays pouvant être tenus responsables de réparations.
Un léger progrès dans le financement climatique
Au-delà de la résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, un rapport publié le 21 mai par l’Organisation de coopération et de développement économiques met en lumière un autre signal encourageant. Dans le domaine du financement climatique, l’organisation indique que les pays développés ont, pour la troisième année consécutive, dépassé l’objectif de 100 milliards de dollars par an destiné à aider les pays en développement à faire face au changement climatique. Après 115,9 milliards de dollars en 2022, ces contributions ont nettement progressé pour atteindre 132,8 milliards en 2023, puis 136,7 milliards en 2024. Les données complètes pour 2025, année censée marquer l’échéance de cet engagement, ne seront toutefois disponibles qu’en 2027 au plus tôt.
Cette évolution est perçue comme un signal encourageant, dans un contexte où de nombreux pays développés sont eux-mêmes confrontés à des difficultés économiques et à des tensions géopolitiques. Plus tôt, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, avait déjà souligné que, malgré les obstacles, le financement climatique continuait de progresser.
“Le financement climatique est au cœur de l’action climatique. Il transforme les plans en progrès et les ambitions en actions concrètes. Depuis la Conférence de Paris de 2015, des avancées importantes ont été réalisées. Les financements publics et privés en faveur du climat augmentent, de nouveaux partenariats ont vu le jour, et des milliards de dollars sont désormais investis dans les énergies propres et dans une transition énergétique juste à travers le monde”, s’est-il félicité.
Cependant, les climatologues soulignent que les montants actuels restent encore très loin des derniers engagements financiers. Lors de la COP29, organisée en 2024 en Azerbaïdjan, les pays développés se sont engagés à porter les financements climatiques à 300 milliards de dollars par an d’ici 2035. Un objectif plus large prévoit également de mobiliser jusqu’à 1.300 milliards de dollars par an, en combinant fonds publics et privés. C’est un défi majeur pour la communauté internationale. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques, la diplomatie climatique mondiale a été affaiblie par le retour de Donald Trump l’an dernier, avec le retrait des États-Unis de plusieurs engagements climatiques et une baisse de l’aide internationale. De son côté, l’Union européenne, principal contributeur, fait face à des contraintes budgétaires de plus en plus fortes, en raison d’une croissance économique faible et des retombées du conflit russo-ukrainien. Par conséquent, les experts occidentaux du climat demandent d’élargir le groupe des pays contributeurs. Ils proposent d’y inclure des économies autrefois classées parmi les pays en développement mais désormais riches, comme la Chine ou l’Arabie saoudite, tout en appelant le secteur privé à contribuer davantage au financement de la lutte contre le changement climatique.







