Il s’agit de la 25e visite de Vladimir Poutine en Chine en tant que président ou Premier ministre de la Russie, au cours de plus de deux décennies.
Renforcer la coopération économique et énergétique
La visite du président russe Vladimir Poutine en Chine marque le 30e anniversaire du partenariat de coordination stratégique sino-russe (1996–2026) et le 25e anniversaire du Traité de bon voisinage et de coopération amicale (2001–2026). Ce déplacement est présenté par les deux parties comme une nouvelle étape visant à approfondir des relations déjà qualifiées de «au plus haut niveau historique».
Avant la visite, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que Moscou attendait des résultats concrets, notamment dans les domaines du commerce, de l’investissement et de l’éducation. De son côté, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a estimé que cette visite renforcerait la stabilité et donnerait une nouvelle dynamique aux relations sino-russes.
Pour le professeur Cui Hongjian, de l’Institut de gouvernance régionale et mondiale de l’Université des langues étrangères de Pékin, la visite du président Poutine confirme l’importance de la diplomatie de haut niveau dans les relations sino-russes. Selon lui, les échanges de visites entre Vladimir Poutine et Xi Jinping sont désormais devenus une pratique régulière.
“Ces dernières années, les relations sino-russes ont évolué de manière de plus en plus structurée. D’une part, les deux pays renforcent leur confiance politique et stratégique grâce à des contacts réguliers au plus haut niveau et à la diplomatie entre chefs d’État. D’autre part, les entreprises des deux pays développent une coopération plus étroite et mutuellement bénéfique dans de nombreux secteurs, en tirant parti de la complémentarité de leurs atouts”, a-t-il souligné.
Le renforcement de la coopération économique et énergétique figure parmi les principales priorités de cette visite. La Chine demeure le premier partenaire commercial de la Russie depuis 16 années consécutives, avec un volume d’échanges bilatéraux d’environ 228 milliards de dollars et un commerce pétrolier dépassant les 100 millions de tonnes en 2025. Cette interdépendance étroite dans les domaines économique et énergétique constitue un facteur de stabilité stratégique pour les deux pays ces dernières années. Elle prend également une importance particulière dans le contexte actuel, marqué par les perturbations de l’approvisionnement énergétique mondial liées au conflit au Moyen-Orient.
Parmi les principaux projets énergétiques en discussion, le gazoduc «Power of Siberia 2», qui doit acheminer le gaz russe via la Mongolie vers la Chine, figure parmi les dossiers susceptibles d’aboutir à un accord lors de cette visite. S’il était conclu, ce projet permettrait à la Chine de recevoir environ 50 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires par an, garantissant un approvisionnement stable et à moindre coût sur le long terme. Pour Moscou, il constituerait une source de revenus importante, dans un contexte où le conflit en Ukraine et les sanctions occidentales pèsent fortement sur son économie.
Maintenir la stabilité stratégique mondiale
Il est à noter que la visite du président Vladimir Poutine en Chine intervient seulement quatre jours après celle du président américain Donald Trump. Pour plusieurs observateurs, ce calendrier rapproché soulève des interrogations sur d’éventuelles discussions ou coordinations entre Pékin et Moscou concernant les résultats du dernier sommet américano-chinois. Moscou insiste toutefois sur le fait que sa coopération avec Pékin vise à préserver la stabilité stratégique mondiale et ne s’inscrit pas dans une logique d’opposition à un pays tiers.
“Il n’existe aucun lien entre la visite du président Donald Trump et celle du président Vladimir Poutine. Les discussions avec la Chine sont préparées à l’avance. Les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont entretenus par téléphone le 4 février dernier, conformément à une pratique régulière. À la suite de leur échange, les deux parties ont convenu, quelques jours plus tard, de la visite du président russe en Chine, programmée pour le 20 mai”, indique Yuri Ushakov, conseiller diplomatique du président russe.
Selon le professeur Cui Hongjian, en réalité, aussi bien les États-Unis que la Russie ont aujourd’hui fait le choix de renforcer leurs contacts et leur coordination avec la Chine. Avant les visites en Chine des présidents américain et russe, le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer s’y étaient eux aussi rendus ces derniers mois. Pour le chercheur chinois, la multiplication des échanges entre les dirigeants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU constitue un signal plutôt positif pour la scène internationale. Selon lui, ce n’est que si les grandes puissances assument pleinement leurs responsabilités que les tensions et incertitudes actuelles pourront progressivement laisser place à des évolutions plus stables et mieux encadrées.
Par ailleurs, plusieurs experts estiment que les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine renforcent l’image de la Chine comme une puissance de stabilité sur la scène internationale, tout en mettant en avant son engagement croissant en faveur des mécanismes de gouvernance mondiale, tant sur les questions sécuritaires qu’économiques. Une réalité que les grandes puissances partenaires de Pékin, qu’elles le veuillent ou non, doivent désormais intégrer dans leurs calculs stratégiques.







