La seule mangrove de la lagune de Tam Giang change de parure et se transforme en tableau à l’encre
02/10/2026 09:16
[VOVWORLD] - À l’automne, lorsque les arbres renouvellent leur feuillage, toute la mangrove de la lagune de Tam Giang, à Huê, se pare d’un jaune éclatant. Ses reflets dans les eaux cristallines composent un véritable tableau à l’encre.
Ces dernières années, Ru Cha, dans le quartier de Hoa Châu, à Huê, est devenu une nouvelle destination touristique prisée de l’ancienne capitale impériale. Cette forêt primaire singulière est connue comme la seule mangrove encore présente dans la lagune de Tam Giang, le plus vaste complexe lagunaire d’Asie du Sud-Est.
Avec son charme sauvage teinté de mystère, Ru Cha est souvent choisie par les jeunes visiteurs comme un lieu idéal pour «fuir la ville et se réfugier dans la forêt», se promener et prendre des photos. Cette singularité lui permet de figurer régulièrement parmi les 20 destinations les plus attrayantes de Huê.
Tôt le matin, les visiteurs peuvent découvrir les paysages encore sauvages de Ru Cha, tandis que des pêcheurs lancent leurs filets dans les eaux embrumées.
Pendant la période de renouvellement du feuillage, le jaune éclatant des arbres se reflète dans les eaux limpides. Par moments, les arbres dépouillés de leurs feuilles disparaissent dans la brume matinale, créant des paysages d’une beauté singulière.
«Étant originaire de Hoa Châu, je n’ai jamais manqué, une seule année, la saison où les arbres changent de feuillage. Ce qui me tient le plus à cœur, c’est que Ru Cha continue aujourd’hui encore à prospérer tout en préservant son caractère sauvage…», confie Sy Nhât, habitant du quartier de Hoa Châu, à Huê.
La majeure partie de Rú Chá est couverte de cha, une espèce de plante de mangrove dont les racines imposantes émergent de l’eau telles de spectaculaires sculptures naturelles. Selon les habitants, «ru» signifie forêt sauvage, tandis que «cha» désigne l’arbre de mangrove caractéristique qui pousse principalement dans cette zone, également appelé arbre gia.
Ru Cha n’abrite pas seulement des milliers de vieux cha. La forêt constitue également un habitat pour de nombreuses espèces animales aquatiques et des oiseaux rares. Selon les services forestiers de la ville de Huê, elle joue un rôle biologique important dans l’écosystème de la lagune de Tam Giang.
«Même si Ru Cha n’est qu’à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Huê, j’y ressens exactement l’inverse de l’agitation urbaine. Le calme qui y règne est presque irréel, comme si le temps s’était arrêté. En marchant sur le chemin en béton qui serpente au milieu de la forêt primaire et en écoutant le chant des oiseaux, j’ai l’impression d’être entré dans un monde de conte de fées», témoigne Truong Hông Quân, un visiteur.
Selon les jeunes passionnés de tourisme à Huê, la période allant de février à septembre est idéale pour visiter Ru Cha. En septembre notamment, lorsque les cha commencent à fleurir avec éclat, la forêt semble se transformer en une symphonie de lumière et de couleurs au cœur de l’immense lagune. À la fin de l’automne, elle se teinte progressivement de jaune, avec une pointe de mélancolie qui évoque toute la beauté caractéristique de Huê: profonde et romantique. En hiver, les cha perdent leurs feuilles et dévoilent leurs branches sèches et dénudées, sans rien perdre de leur dimension artistique.
«Ce que j’aime le plus, c’est contempler Ru Cha vers le mois de septembre, lorsque tous les cha de la forêt commencent à changer de feuillage. Le paysage évoque à la fois les tableaux à l’encre de l’Orient et les paysages européens. Quoi de plus agréable que de louer une petite barque pour s’enfoncer dans les parties les plus reculées de la forêt, inaccessibles par voie terrestre, et écouter le chant des oiseaux ainsi que le murmure de l’eau au rythme des coups de pagaie? Ru Cha possède également une assez haute tour d’observation. On peut y admirer le soleil rougeoyant qui, au coucher du jour, baigne toute la forêt et la lagune de Tam Giang de ses dernières lueurs», ajoute Sy Nhât, habitant de Hoa Châu, à Huê.
Selon les responsables des services forestiers de la ville de Huê, la mangrove de Ru Cha présente une diversité limitée en termes d’espèces, mais elle revêt une importance écologique et une grande valeur pour l’écosystème des zones humides. Cette forêt primaire rare constitue également une «muraille verte» qui contribue à réduire les dégâts causés par les catastrophes naturelles, à protéger les digues et à renforcer la capacité d’adaptation aux effets du changement climatique.
Fin 2025, la ville de Huê a décidé d’investir dans un projet de plantation de mangroves dans la zone de Ru Cha afin de restaurer et d’étendre la superficie forestière existante. Selon le projet, quelque 17,29 hectares de nouvelles mangroves seront plantés, avec le cha (ou gia) comme espèce dominante. D’autres espèces, notamment le bân chua, le duoc dôi, le cocotier de mer, ainsi que différents palétuviers, seront plantées en association afin de garantir une meilleure adaptation à l’écosystème local.
À l’achèvement du projet, la nouvelle superficie de mangrove atteindra environ 17,65 hectares. Avec près de 30 hectares de forêt déjà existante, Ru Cha formera ainsi un vaste ensemble de mangroves d’environ 48 hectares, l’un des plus importants du Centre du Vietnam. Le site devrait devenir une zone majeure de conservation des ressources génétiques des plantes de mangrove au Vietnam, tout en offrant un cadre privilégié pour la recherche scientifique, l’éducation à l’environnement et les activités d’écotourisme.