Direction Dinh Van Lâm Hà, la commune ayant donné naissance à la troupe Bô Liêng.
Dans la fraîcheur du soir, alors qu’une légère brume enveloppe les collines de Lâm Dông sous les dernières lueurs du jour, les gongs résonnent au rythme des pas.
Autour du feu, des femmes K’Ho, vêtues de leurs costumes traditionnels aux couleurs éclatantes, exécutent la danse xoang avec grâce, tout en faisant résonner leurs gongs. Leur musique semble faire remonter des souvenirs transmis par plusieurs générations… C’est là toute la magie de la troupe féminine de gongs Bô Liêng, dont K’Phèn fait partie.
«J’aime beaucoup les gongs de mon peuple, une tradition que nos grands-parents nous ont transmise. À force de les aimer, cette passion a fini par faire partie de moi. Aujourd’hui, je connais un grand nombre de mélodies et de morceaux de gongs des K’Ho», nous dit-elle fièrement.
Chaque geste, du mouvement des pieds à l’inclinaison du poignet, en passant par la manière de poser la paume sur le gong, exprime une grande élégance.
Une élégance qui ne tient pas seulement aux mouvements, mais qui se retrouve aussi dans les sonorités douces et profondes des gongs. Pham Thi Vân, une spectatrice, a pu l’apprécier elle-même.
«Les femmes ont des gestes plus gracieux, ce qui donne aux gongs des sonorités plus douces et plus harmonieuses. Associés à la danse xoang, leurs mouvements donnent aux morceaux une couleur différente de ceux qui sont joués par les hommes. Je trouve que cela correspond particulièrement bien à la tradition matrilinéaire des K’Ho», constate-t-elle.
La troupe féminine de gongs Bô Liêng a été créée il y a 15 ans. Elle compte aujourd’hui plus de 20 membres, dont six qui jouent directement des gongs, tandis que les autres participent à la danse.
K’Bes, le patriarche du village qui a été à l’origine de la création de la troupe, a enseigné l’art des gongs à plus de 200 personnes au fil des années. Parmi ses élèves, les joueuses de Bô Liêng l’ont particulièrement impressionné.
«Aujourd’hui, je continue à transmettre cet art à plusieurs générations. L’an dernier, j’ai enseigné les gongs à des enfants et des adolescents, notamment des élèves de cinquième et de sixième. Ensuite, j’ai formé des jeunes adultes âgés de 30 à 40 ans. Si l’on compare les différentes générations d’élèves, des enfants aux adultes, ce sont les femmes qui apprennent et mémorisent les morceaux le plus rapidement. Elles aiment vraiment apprendre. Elles sont ponctuelles et assidues, ce qui me fait très plaisir. Certains jours, je prolonge les cours au-delà des horaires prévus pour leur apprendre davantage de morceaux. Elles progressent très vite et méritent vraiment d’être félicitées», raconte-t-il.
Sur scène comme dans les espaces de vie communautaire, la troupe féminine Bô Liêng conserve la même simplicité et le même respect pour les gongs, considérés comme des instruments sacrés dans la culture K’Ho.
La grâce de ces musiciennes, qui évoluent au bord de la rivière Da Dong, contribue à renforcer l’attrait touristique de Lâm Dông. Et elles en sont parfaitement conscientes. C’est le cas de K’Phôn, une chanteuse qui fait partie de la troupe.
«Chaque fois que nous nous produisons ou participons à un concours, nous recevons beaucoup d’applaudissements et de témoignages d’admiration. Les femmes jouent les gongs avec beaucoup d’aisance, les mélodies sont harmonieuses et nous renouvelons souvent notre répertoire. Avec nos magnifiques costumes traditionnels, nous offrons au public quelque chose de particulier, empreint de féminité. À l’avenir, nous voulons transmettre cet art aux jeunes filles, en commençant par celles de nos familles, afin qu’une nouvelle génération puisse prendre le relais. Je vais moi-même transmettre ce savoir à mes filles et à mes petites-filles. J’espère que la culture de nos ancêtres pourra ainsi perdurer», partage-t-elle.
Ces dernières années, la troupe Bô Liêng s’est produite à l’occasion de nombreuses fêtes traditionnelles, ainsi que lors des grandes célébrations au niveau national. Elle est également sollicitée par des sites touristiques locaux pour participer à des activités de tourisme communautaire, comme en témoigne Nguyên Van Thanh, directeur adjoint du Centre des services généraux de la commune de Dinh Van Lâm Hà.
«Ces dernières années, notre commune a établi des circuits de tourisme culturel. Les visiteurs apprécient beaucoup les spectacles de gongs. C’est aussi un moyen pour nous de faire connaître cette tradition aux touristes. Cela crée par ailleurs des emplois et procure des revenus supplémentaires pour les interprètes, ce qui les encourage à continuer de préserver leur culture traditionnelle», explique-t-il.
En plus de préserver un patrimoine ancien, la troupe Bô Liêng contribue ainsi à enrichir la tradition des gongs des K’Ho. Elle participe également à créer les conditions d’un développement économique et social durable dans les zones peuplées de minorités ethniques de la région.








