Au micro de Quôc Khanh, Trân Van Công, directeur du Centre régional francophone pour l’Asie-Pacifique (CREFAP) de l’OIF, revient sur les priorités de son centre et sur la place du Vietnam dans la Francophonie.
VOVWorld: Cette semaine, Hanoï accueille trois événements : le lancement du programme de mobilité des enseignants volontaires, le regroupement de la filière « Cadres éducatifs » du Collège international de Villers-Cotterêts et le stage national des enseignants de français. Que nous disent ces rendez-vous de la coopération éducative entre le Vietnam et la Francophonie ?
Trân Van Công: Le Vietnam a toujours été une terre d’accueil des activités francophones dans la région : les plus grands événements francophones y ont été organisés. Cette année, nous mettons en place trois activités importantes.
La première, c’est l’intégration des enseignants volontaires. Pendant une semaine, ils ont découvert le système éducatif, la culture et la langue vietnamiennes, ainsi que les programmes utilisés dans les classes. Cela facilitera leur travail.
La deuxième, c’est la filière « Cadres éducatifs », avec plus de vingt cadres venus de huit pays. Le fait de l’organiser au Vietnam montre l’importance et le rôle que joue le Vietnam dans la Francophonie à l’échelle mondiale. En observant les classes de français au Vietnam, les cadres éducatifs peuvent échanger leurs expériences, mieux connaître les contextes des autres pays et chercher ensemble des solutions pour améliorer l’enseignement du français, au Vietnam comme ailleurs.
La troisième, c’est le stage national. Chaque année, le CREFAP organise des formations pour les enseignants du primaire, du secondaire et de l’université. Cette fois-ci, la formation porte sur l’élaboration de tests pour évaluer les compétences des élèves. C’est la deuxième étape de notre formation de cette année pour les enseignants du primaire et du secondaire. Pendant trois mois, à distance, ils ont d’abord renforcé leur niveau de français et découvert l’approche par projet ; ils ont réalisé des vidéos très intéressantes pour varier leurs pratiques et motiver leurs élèves. La phase en présentiel, qui commence cette semaine, permet de faire le point sur ces acquis et d’aborder l’évaluation. Car dans tout programme d’enseignement, il n’y a pas seulement la formation et l’enseignement, il y a aussi l’évaluation. Ainsi, la boucle est bouclée.
VOVWorld: Vous dites que ce choix montre le rôle du Vietnam dans la Francophonie. Quelle place le pays occupe-t-il en Asie-Pacifique?
Trân Van Công: Le Vietnam est l’un des pays les plus francophones de la région Asie-Pacifique. Il compte de nombreuses filières francophones à l’université, dont certaines existent depuis longtemps : médecine, architecture, commerce, commerce extérieur, ponts et chaussées… Il y a des départements et des sections de français, et beaucoup d’écoles primaires et secondaires enseignent le français, surtout les écoles d’excellence. Comme le nombre d’enseignants et d’élèves est très important, il y a aussi beaucoup plus d’activités qu’ailleurs.
Le Vietnam peut donc partager son expérience avec les autres pays de la région, comme la Thaïlande, le Laos ou le Cambodge. Au-delà des activités du CREFAP, il y a toutes celles que nous accompagnons : les activités parascolaires des universités, des lycées et des écoles primaires. Nous collaborons beaucoup avec les associations de professeurs de français, à Hanoï, à Hué, à Danang, à Cân Tho, à Hô Chi Minh-Ville, qui organisent avec nous des activités parascolaires, de petites formations ou des colloques pour les enseignants.
VOVWorld: Pouvez-vous donner un exemple concret de cette coopération régionale?
Trân Van Công: Nous venons d’organiser une formation à la rédaction et à la publication d’articles scientifiques pour des enseignants universitaires de Thaïlande, du Cambodge et du Vietnam. C’est un besoin urgent pour les enseignants du supérieur : ils sont tenus de publier des articles dans des revues indexées, mais certains manquent de méthode ou de stratégie pour y parvenir. Cette formation les aide à construire un article scientifique et à trouver les revues où le publier. Elle a été très appréciée par les participants, car les expertes qui l’animaient ont elles-mêmes beaucoup publié au niveau international et ont partagé leur expérience pratique avec leurs collègues.
VOVWorld: Quelles sont aujourd’hui les priorités du CREFAP?
Trân Van Công: Nous en avons quatre. La première, c’est la formation des enseignants de français, au primaire, au secondaire comme à l’université. Nous travaillons en concertation avec le ministère vietnamien de l’Éducation et de la Formation pour connaître les besoins réels des enseignants et leur proposer des formations adaptées.
La deuxième, c’est le soutien à l’élaboration de ressources pédagogiques, notamment numériques. Nous formons les enseignants pour qu’ils puissent créer eux-mêmes des documents contextualisés, à utiliser dans les écoles vietnamiennes.
La troisième, c’est le soutien aux plans d’action nationaux. Nous menons actuellement des activités dans le cadre du plan national du Cambodge, et nous venons de discuter avec le ministère vietnamien d’un possible plan d’action pour le Vietnam. Cela concerne la formation continue des enseignants, les réformes curriculaires pour adapter les programmes au contexte, et l’élaboration de référentiels de compétences pour définir les critères d’évaluation des enseignants de français et garantir la qualité de l’enseignement.
Le quatrième axe, c’est la mobilité des enseignants volontaires. Nous venons d’accueillir au Vietnam la première cohorte d’enseignants volontaires de la Francophonie : dix enseignants venus de cinq pays. Ils vont travailler dans des lycées d’excellence et des universités pour enseigner le français et créer un environnement francophone à travers des clubs et des activités parascolaires, mais aussi pour accompagner de jeunes enseignants qui ont besoin de pratiquer le français au quotidien. Leurs tâches sont multiples, mais ils contribueront certainement à améliorer le niveau des enseignants comme des élèves.
VOVWorld: Vous avez pris la tête du CREFAP en juin 2024, après plus de trente ans d’enseignement et de traduction. Qu’est-ce qui symbolise le mieux, à vos yeux, l’avenir de la Francophonie dans la région ?
Trân Van Công: Je travaille pour le CREFAP depuis deux ans et trois mois, mais le centre existe depuis 33 ans. Pour l’OIF, il joue un rôle très important dans la promotion du français, au Vietnam et dans les autres pays de la région. Récemment, par exemple, nous avons formé des enseignants de français au Vanuatu, qui savent désormais utiliser les outils numériques pour produire des ressources adaptées à leurs classes. Dans les années à venir, nous allons continuer à aider les pays de la région à élaborer des référentiels de compétences des enseignants, des manuels scolaires et des programmes de réforme curriculaire, en collaboration avec les ministères. Nous avons déjà un plan d’action avec le Cambodge, un autre est envisagé avec le Vietnam pour l’année à venir, puis viendront le Laos et la Thaïlande. Tous ces pays ont besoin de l’OIF et du CREFAP pour renforcer, pérenniser et développer la présence du français dans notre région.
VOVWorld: Et pour le Vietnam, quelles sont les perspectives de l’enseignement du français ?
Trân Van Công: Le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, vient d’effectuer une visite en France, et l’enseignement du français a été abordé à cette occasion. Pour l’OIF, le renforcement des compétences des enseignants de français et l’amélioration du niveau des apprenants restent notre priorité. Nous allons donc continuer à soutenir la formation et la promotion d’un environnement francophone au Vietnam, comme dans les autres pays de la région. Nous allons aussi mettre en place des activités pour promouvoir l’employabilité francophone des étudiants vietnamiens, afin qu’ils trouvent plus facilement du travail à la sortie de l’université. Quant aux lycéens, après le secondaire, ils peuvent s’inscrire dans de nombreuses formations, au Vietnam ou dans les pays francophones.
VOVWorld: Merci Monsieur!
Docteur en lettres, Trân Van Công dirige le Centre régional francophone pour l'Asie-Pacifique (CREFAP) de l'OIF depuis le 1er juin 2024. Il enseigne les littératures francophones, la traduction et l'interprétation depuis 1991 et a été doyen du Département de français de l'Université de Hanoï. Traducteur littéraire, il a fait découvrir aux lecteurs vietnamiens Anna Gavalda, Marguerite Duras ou encore Kamel Daoud. Il a été fait chevalier des Arts et des Lettres par le ministère français de la Culture.







