Le 7 octobre 2023, le Hamas lançait une attaque surprise contre le sud d’Israël, déclenchant un conflit meurtrier dans la bande de Gaza. Un cessez-le-feu est en vigueur depuis octobre 2025, mais les violences se poursuivent sur le terrain.
Le chaos humanitaire et l'effondrement des structures
Trois ans de conflit ont profondément désorganisé les principaux systèmes nécessaires à la vie quotidienne à Gaza. Selon les chiffres publiés fin septembre 2026 par les autorités sanitaires locales, au moins 74.000 Palestiniens ont été tués et 175.000 blessés en trois ans.
Sur le terrain, l'urgence absolue concerne l’accès à l'eau et à l'assainissement. D'après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, l'OCHA, environ 91% des foyers gazaouis souffrent aujourd'hui d'un manque d'eau modéré à grave. Les six stations d'épuration du territoire sont à l'arrêt et 70% des stations de pompage des eaux usées ne fonctionnent plus. Chaque jour, plus de 150.000 mètres cubes d'eaux usées non traitées sont ainsi rejetés dans l'environnement, faisant craindre une propagation accrue des maladies.
Pour Ramiz Alakbarov, coordonnateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient et coordonnateur humanitaire des Nations unies sur place, la situation est critique:
«Sur le terrain, la détresse humanitaire reste extrême. Même si l'aide alimentaire et les produits d'hygiène arrivent en plus grande quantité qu'auparavant, la situation sanitaire est dramatique. Dans des zones d'évacuation totalement surpeuplées, les maladies infectieuses flambent parce que l'accès à l'eau potable et à l'assainissement n'est pas garanti. Pour ne rien arranger, le manque de financements bloque l'aide, alors que nous manquons cruellement de matériel médical et de carburant», partage-t-il.
À ce désastre sanitaire s'ajoute la destruction massive du bâti. 82% des bâtiments de Gaza sont endommagés, et 54% sont totalement détruits. Pour les habitants, le danger reste aussi très concret. De nombreux bâtiments fragilisés menacent de s'effondrer, comme le 16 septembre dernier, lorsqu'un immeuble s'est écroulé, faisant plus de 20 morts.
La situation est d'autant plus préoccupante que les opérations militaires se poursuivent dans différentes parties du territoire. Selon l'OCHA, frappes aériennes, tirs d'artillerie, tirs d'armes à feu et attaques navales sont encore signalés quotidiennement, principalement à l'ouest de la ligne de déploiement convenue, dite «Ligne jaune».
Dans le même temps, la quasi-totalité des 2,1 millions d'habitants de Gaza vivent désormais sur moins de la moitié du territoire.
La reconstruction s'annonce donc colossale. Selon une évaluation publiée en avril par la Banque mondiale et les Nations unies, la remise en état des infrastructures essentielles coûterait environ 18,5 milliards de dollars, soit l'équivalent de 97% du PIB cumulé de la Cisjordanie et de Gaza en 2022.
Une feuille de route politique à l'épreuve de la méfiance
Sur le plan politique, l’espoir repose sur le «Conseil de la paix pour Gaza», une initiative lancée par le président américain Donald Trump. En juillet dernier, le Hamas a accepté un calendrier de désarmement progressif prévu sur une période de 200 à 300 jours, en échange du retrait des troupes israéliennes. À terme, la gestion civile et sécuritaire de Gaza serait transférée à un organe technocratique, le Comité national pour l'administration de Gaza, ou NCAG, sans participation du Hamas. Une Force internationale de stabilisation, l'ISF, doit également être mise en place pour accompagner le NCAG et éviter un vide sécuritaire pendant la période de transition.
Mais sur le terrain, personne ne croit vraiment que l’autre camp respectera sa parole. Neil Quilliam, spécialiste du Moyen-Orient au centre de recherche Chatham House, à Londres, reste très prudent.
«J’ai beaucoup de mal à croire que le Hamas soit prêt à capituler et à rendre toutes ses armes. C'est aussi une question de vocabulaire: le Hamas dit qu'il accepte de céder son arsenal à une autorité palestinienne, pas aux Israéliens. Ils peuvent donner le gros de leurs troupes, mais pas aller jusqu'à une démilitarisation complète. Or, pour Israël, c'est une condition non négociable: Gaza doit être entièrement démilitarisée, et pas seulement désarmée», dit-il.
Malgré ces incertitudes, quelques avancées se dessinent. Le 23 septembre, en marge de la semaine de haut niveau de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le Conseil de la paix a annoncé un plan de 2,45 milliards de dollars sur six mois. Réparti entre 66 programmes, il doit permettre d'engager la première phase de la reconstruction des infrastructures et de l'économie de Gaza.
Sur le plan politique, la feuille de route a également relancé les discussions autour de l'avenir institutionnel palestinien. Des préparatifs sont en cours pour les élections du Conseil législatif palestinien, prévues en novembre prochain, avec l'objectif d'inclure également Gaza dans le scrutin. Reste à savoir si ce scrutin permettra enfin de tourner la page de trois années de conflit.








